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Le clown de la bande : quand l’humour cache la solitude adolescente

Un adolescent plaisante avec ses camarades tandis qu’un autre reste seul au second plan.

À l’adolescence, je savais de mieux en mieux faire rire les autres. Trouver la réplique, désamorcer une gêne, paraître à l’aise : ces comportements sont devenus des réflexes.

Quand un groupe rit avec vous, il vous accorde une place. À cet âge, cette place peut compter énormément. Dans mon histoire, l’humour était une qualité réelle ; il était aussi parfois une manière de ne pas montrer ce que je ressentais.

Être accepté, même si cela suppose de jouer un rôle

Je traversais plusieurs univers sociaux, avec leurs codes et leurs attentes. Je cherchais à me faire accepter sans trop attirer l’attention sur ce qui me rendait différent. Il m’arrivait d’adopter les attitudes et le langage du groupe, d’amplifier un trait de personnalité, de paraître plus sûr de moi que je ne l’étais.

Le rôle de « boute-en-train » avait un avantage immédiat : en faisant rire, je pouvais éviter certaines questions. Personne ne demandait forcément si celui qui animait le groupe allait bien.

Je ne me définis pas uniquement par ce masque. J’aimais aussi sincèrement partager de bons moments. Mais j’ai fini par comprendre que l’humour pouvait devenir, chez moi, une façon de tenir les autres à distance de mes fragilités.

La solitude au milieu des autres

L’un des passages les plus importants de mon manuscrit décrit ce paradoxe : être entouré sans parvenir à montrer sa vulnérabilité.

Il y avait celui que mes camarades rencontraient : drôle, désinvolte, capable de suivre le rythme. Et il y avait celui qui doutait, qui avait peur du rejet, qui ne savait pas toujours comment dire ce qui l’inquiétait. Ce décalage ne se voyait pas sur une photographie de groupe.

On réduit parfois l’isolement à l’absence de relations. Mon adolescence m’a appris qu’on peut aussi se sentir seul au milieu de ses amis, lorsque l’on croit devoir cacher des pans entiers de soi.

Une relecture, pas une étiquette

J’ai compris beaucoup plus tard que certaines difficultés attentionnelles pouvaient éclairer une partie de mon parcours. Mais je refuse de faire de chaque plaisanterie, de chaque recherche d’attention ou de chaque adaptation sociale un « symptôme ».

Le besoin d’appartenance est aussi un enjeu ordinaire de l’adolescence. Les expériences familiales, les relations, les normes des groupes et le tempérament personnel comptent également. Mon histoire est une expérience singulière, pas un portrait type d’un adolescent TDAH.

Une question à poser autrement

Face à un adolescent toujours drôle, provocateur ou très à l’aise en apparence, la tentation peut être de penser qu’il va bien. Peut-être est-ce le cas. Peut-être pas.

Une question simple peut ouvrir un espace : « Et quand tu n’as pas besoin de faire rire les autres, comment te sens-tu ? » L’objectif n’est pas de démasquer quelqu’un de force, mais de lui laisser la possibilité d’être entendu autrement.

Je crois que l’on peut encourager l’humour et la spontanéité tout en donnant une place à la peur, à la tristesse et au doute. À l’adolescence, il est précieux de sentir qu’on peut être apprécié sans être constamment en représentation.

Cette réflexion est issue de mon manuscrit Masques et Vérités — L’ombre de l’Être sous le poids du Paraître. Elle exprime mon vécu et mon regard rétrospectif ; elle ne constitue ni une interprétation clinique ni une description universelle du TDAH.

À lire aussi : Entre la cité et l’école privée : grandir en jouant deux rôles.

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