À sept ans, j’ai quitté l’école : ce que cette fugue raconte de mon enfance

En classe de CP, j’étais souvent décrit comme un enfant dissipé. Je parlais, je cherchais à faire rire les autres, mon attention semblait partir dans plusieurs directions. Il y avait ce que les adultes voyaient : un élève qui ne tenait pas en place. Et il y avait ce que personne ne pouvait vraiment lire sur mon visage : une histoire familiale complexe, des repères en mouvement et une manière encore maladroite de me protéger.
Le jour où j’ai pris la mauvaise direction
À sept ans, alors que j’étais scolarisé dans une école privée de Gentilly, ma maîtresse m’a puni et envoyé au bureau de la sœur supérieure. Pour m’y rendre, je devais traverser une rue. Je ne m’y suis pas rendu. J’ai choisi de partir, en direction de l’appartement de ma grand-mère à Arcueil, à environ six kilomètres.
Ce détail me frappe aujourd’hui : face à une situation qui m’effrayait, j’ai marché vers un endroit associé à la sécurité. Avec le recul, je mesure le danger que pouvait représenter une telle fugue pour un enfant de mon âge.
Ma grand-mère n’était pas chez elle. Je suis alors allé jusqu’à mon ancienne école maternelle. Quand une enseignante m’a interrogé, j’ai inventé une explication pour justifier ma présence. Elle ne m’a pas cru. On est venu me chercher, et j’ai été reconduit à mon école.
Un comportement visible, plusieurs questions invisibles
Je ne cherche pas à transformer ce souvenir en démonstration. Une fugue ne prouve pas un TDAH. Un mensonge d’enfant ne révèle pas à lui seul un mécanisme psychologique précis. Ce serait trop simple, et probablement injuste envers l’enfant que j’étais.
Mais cette scène oblige à regarder au-delà de la seule désobéissance. Pourquoi cet enfant a-t-il préféré partir plutôt que d’affronter une punition ? Pourquoi s’est-il dirigé vers sa grand-mère ? Qu’avait-il besoin de retrouver à cet instant : une présence rassurante, un lieu connu, une échappatoire ?
Dans mon livre, je décris un entourage où ma mère et ma grand-mère formaient un appui essentiel. J’avais appris à m’adapter, parfois en cherchant à faire rire, parfois en me retirant. La fugue est l’un des souvenirs qui me font mesurer à quel point un comportement peut cacher une expérience beaucoup plus vaste.
Ce que le diagnostic tardif a changé — et ce qu’il ne change pas
Des décennies plus tard, comprendre mon fonctionnement attentionnel a donné de nouveaux mots à certaines difficultés scolaires : la dispersion, l’impulsivité, les efforts pour rester engagé dans une tâche. Ce regard nouveau a de la valeur. Il ne permet pourtant pas de reconstituer avec certitude ce qui se passait dans ma tête ce jour-là.
Je préfère aujourd’hui tenir ensemble deux réalités : un enfant peut présenter des difficultés attentionnelles et traverser des événements familiaux difficiles. Ces éléments peuvent se croiser sans que tout relève d’une cause unique.
Ce que j’aimerais transmettre aux adultes
Il ne s’agit pas de banaliser les fugues ni les comportements à risque, mais de poser une question complémentaire à celle de la sanction : qu’est-ce que cet enfant essaie d’exprimer ou d’éviter ?
Écouter n’empêche ni de fixer un cadre ni de protéger. Cela permet parfois de comprendre les faits avant de leur donner une signification définitive.
Si ce texte résonne avec une situation d’aujourd’hui, le premier pas est d’observer le contexte, d’échanger avec l’enfant et, lorsque les difficultés persistent ou inquiètent, de solliciter des professionnels qualifiés.
Cette réflexion est issue de mon manuscrit Masques et Vérités — L’ombre de l’Être sous le poids du Paraître. Elle exprime mon vécu et mon regard rétrospectif ; elle ne constitue ni une interprétation clinique ni une description universelle du TDAH.
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